Comment bien communiquer avec les professionnels de santé sur les médicaments des personnes âgées

Comment bien communiquer avec les professionnels de santé sur les médicaments des personnes âgées

Les personnes âgées prennent souvent plusieurs médicaments chaque jour. En France, près de 80 % des plus de 65 ans prennent au moins cinq traitements simultanément. Ce n’est pas une simple liste de comprimés : c’est un système complexe, fragile, où une erreur peut mener à une chute, une hospitalisation, ou pire. La bonne nouvelle ? La plupart de ces risques peuvent être évités - pas avec plus de médicaments, mais avec une meilleure communication.

Préparez-vous avant la consultation

Ne partez pas à votre rendez-vous avec le médecin en vous appuyant sur votre mémoire. La mémoire, surtout avec l’âge, n’est pas fiable. Vous oubliez une dose. Vous ne vous souvenez pas du nom d’un comprimé. Vous ne savez plus pourquoi vous le prenez. Ce n’est pas rare. Et c’est dangereux.

La première règle : apportez tous vos médicaments. Pas une liste. Pas un morceau de papier. Les bouteilles réelles. Les comprimés, les gélules, les sirops, les patchs, les vitamines, les suppléments - tout. Même ceux que vous n’avez pas pris depuis deux mois. Le médecin a besoin de voir ce que vous avez vraiment à la maison. Une étude de 2022 a montré que 25 % des régimes médicamenteux des seniors contiennent des erreurs : un médicament oublié, une dose incorrecte, un produit en double. Ces erreurs, on les voit seulement quand on regarde les bouteilles.

Faites aussi une liste écrite. Pas une liste vague. Une liste précise : nom du médicament, dose, fréquence, raison pour laquelle vous le prenez. Par exemple : « Atorvastatine 20 mg - une fois par jour, le soir, pour réduire le cholestérol ». Pas juste « pilule pour le cœur ». Plus vous êtes précis, plus le médecin peut agir.

Apportez aussi un stylo et un carnet. Ou un téléphone pour prendre des notes. Et si possible, amenez quelqu’un avec vous. Un enfant, un voisin, un aidant. Une personne qui écoute, qui note, qui rappelle ce que vous avez oublié de dire. C’est un simple geste, mais il réduit les erreurs de 18 % selon une étude publiée dans Annals of Internal Medicine.

Posez les bonnes questions

Vous n’êtes pas un patient passif. Vous êtes un partenaire. Votre voix compte. Posez des questions simples, mais directes. Voici les quatre questions essentielles à poser à chaque fois qu’un nouveau médicament est prescrit :

  • Comment ce médicament m’aide-t-il exactement ? Ne vous contentez pas d’un « c’est pour votre tension ». Demandez : « Est-ce qu’il empêche les crises cardiaques ? Réduit-il les étourdissements ? »
  • Quels sont les effets secondaires possibles ? Pas seulement les rares. Les courants. La fatigue ? La confusion ? Les chutes ? La constipation ? Si vous savez ce qui peut arriver, vous le repérez plus vite.
  • Est-ce qu’il interagit avec mes autres médicaments ? Beaucoup d’effets indésirables viennent de combinaisons. Un anti-inflammatoire avec un anticoagulant. Un somnifère avec un antidouleur. Un supplément d’ail avec un traitement pour la pression. Posez la question.
  • Que faire si je manque une dose ? Est-ce que je dois en reprendre une ? Attendre jusqu’au prochain jour ? C’est une question que tout le monde se pose - mais peu osent la poser.
Ne vous inquiétez pas si vous ne comprenez pas tout de suite. Les médecins utilisent souvent des mots techniques. Demandez-leur de reformuler. Dites : « Pouvez-vous m’expliquer cela comme si je n’étais pas médecin ? »

Utilisez des outils pour rester organisé

Gérer cinq, dix, quinze médicaments par jour, c’est comme jouer à un jeu de mémoire avec des pièces qui changent de place chaque semaine. Les outils simples peuvent vous sauver la vie.

Les organisateurs de pilules hebdomadaires, avec des compartiments pour matin, midi, soir et nuit, sont une base. Mais ce n’est pas suffisant. Les alarmes sur le téléphone, les applications comme Medisafe ou Round Health, qui envoient des notifications et suivent les prises, sont bien plus efficaces. Certaines applications envoient même des alertes à un proche si vous ne prenez pas votre médicament.

Une autre astuce : liez la prise de vos médicaments à des gestes quotidiens. Prenez vos comprimés après vous être brossé les dents le matin. Après votre café. Avant de vous coucher. Cela crée un rituel. Et les rituels, c’est ce qui rend l’adhérence durable. Selon les données du CDC, seulement 50 % des seniors prennent leurs médicaments comme prescrit. Ce chiffre monte à 75 % quand les prises sont liées à des habitudes.

Les distributeurs automatisés, qui libèrent les comprimés à l’heure prévue, sont aussi de plus en plus utilisés. Ils ne sont pas chers, et certains sont remboursés par la Sécurité sociale si votre médecin le justifie.

Un senior et son aidant discutent avec un médecin devant une carte médicale holographique.

Revoyez régulièrement votre traitement

Un médicament prescrit il y a cinq ans peut ne plus être utile aujourd’hui. Votre corps change. Vos maladies évoluent. Vos besoins aussi.

Il faut planifier une revue complète de tous vos médicaments au moins une fois par an - ou chaque fois que vous changez de médecin. Demandez : « Est-ce que je prends encore tous ces médicaments ? Y en a-t-il un que je peux arrêter ? »

C’est ce qu’on appelle la « déprescription ». Ce n’est pas une réduction arbitraire. C’est un processus médical. Le critère de Beers, mis à jour en 2023, liste 30 classes de médicaments à éviter chez les seniors, car ils augmentent le risque de confusion, de chutes ou d’insuffisance rénale. Par exemple : les benzodiazépines (somnifères), certains anti-inflammatoires, ou certains antihistaminiques. Si vous en prenez un, demandez pourquoi. Et si ce n’est plus nécessaire, demandez comment l’arrêter en toute sécurité.

Une étude publiée dans BMJ Quality & Safety en 2022 montre que les revues annuelles de médicaments réduisent la polypharmacie de 27 %. C’est énorme. Moins de médicaments, c’est moins de risques, moins de coûts, plus de liberté.

Les aidants ont un rôle clé

Les aidants - enfants, petits-enfants, voisins, auxiliaires - ne sont pas juste des accompagnants. Ils sont des acteurs médicaux. Ils voient les changements que le patient ne remarque pas : une marche plus lente, une confusion plus fréquente, une perte d’appétit.

Les aidants doivent :

  • Connaître la liste complète des médicaments et leurs objectifs
  • Signaler immédiatement tout changement de comportement ou d’état de santé
  • Participer aux rendez-vous médicaux
  • Ne pas hésiter à dire : « Je pense que ce médicament le rend plus fatigué »
Les médecins ne voient le patient que 15 minutes. Les aidants le voient 24 heures sur 24. Leur regard est précieux.

Une routine quotidienne de prise de médicaments transformée en rituel magique avec des éléments lumineux.

La technologie aide, mais ne remplace pas la parole

Les applications de gestion des médicaments, les distributeurs automatisés, les dossiers médicaux partagés - tout cela est utile. En 2024, 74 % des pharmacies indépendantes en France proposent des programmes de synchronisation des renouvellements, pour que vous ne preniez plus vos médicaments à des dates différentes chaque mois.

Mais la technologie ne remplace pas la conversation. Un algorithme ne sait pas si vous avez peur de prendre un médicament parce que vous avez lu un article inquiétant. Il ne sait pas si vous avez arrêté de le prendre parce que vous n’avez pas les moyens de le payer. Il ne sait pas si vous vous sentez confus ou seul.

C’est pour ça que la méthode « teach-back » est de plus en plus recommandée : le médecin vous explique quelque chose, puis vous le répétez dans vos propres mots. Si vous dites : « Donc, je dois prendre ce comprimé après le déjeuner, et si je l’oublie, je ne le prends pas plus tard », c’est que vous avez compris. Si vous dites : « Je ne sais pas », alors on recommence. Cela augmente l’adhérence de 31 %, selon une étude de JAMA Internal Medicine.

Les résultats parlent d’eux-mêmes

Quand la communication est bien faite, les résultats sont tangibles :

  • Les hospitalisations liées aux erreurs médicamenteuses baissent de 22 %
  • Les chutes diminuent de 15 à 20 %
  • Les seniors se sentent plus en contrôle de leur santé
  • Les familles sont moins stressées
Cela ne demande pas de grandes révolutions. Juste de la préparation. De la clarté. De la persévérance. Et le courage de poser des questions, même quand on a peur de paraître insistant.

Votre santé n’est pas un mystère. Elle est un dialogue. Et vous avez le droit - et le devoir - d’y participer pleinement.

Que faire si je ne comprends pas ce que me dit mon médecin ?

Demandez-lui de reformuler avec des mots plus simples. Dites : « Pouvez-vous m’expliquer cela comme si je n’étais pas médecin ? » Prenez des notes ou demandez à quelqu’un de vous accompagner. Vous pouvez aussi demander une fiche écrite avec les noms des médicaments, les doses et les instructions. Aucun médecin ne doit vous faire sentir que vos questions sont inutiles.

Est-ce que je dois arrêter un médicament si je n’ai plus de symptômes ?

Non, ne l’arrêtez jamais sans en parler à votre médecin. Certains médicaments, comme ceux pour la tension ou le cholestérol, agissent même si vous ne ressentez rien. Les arrêter brutalement peut causer des effets dangereux. Mais si vous n’avez plus de symptômes depuis longtemps, demandez une revue : « Ce médicament est-il encore nécessaire ? »

Comment savoir si un médicament est inutile ou dangereux pour moi ?

Consultez la liste de Beers, mise à jour en 2023, qui identifie 30 classes de médicaments à éviter chez les personnes âgées. Mais surtout, posez la question à votre médecin : « Ce médicament est-il toujours adapté à mon âge et à mon état de santé ? » Si vous prenez plus de cinq médicaments, une revue annuelle est indispensable.

Les compléments alimentaires sont-ils sans risque ?

Non. Les compléments, comme le ginseng, l’ail, la mélatonine ou les vitamines en forte dose, peuvent interagir avec vos médicaments. Par exemple, le ginseng peut réduire l’effet des anticoagulants. La mélatonine peut amplifier les effets des somnifères. Tous doivent être mentionnés à votre médecin, même s’ils sont vendus en libre-service.

Que faire si je ne peux pas me permettre tous mes médicaments ?

Ne les arrêtez pas. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien. Il existe des aides financières, des génériques moins chers, des programmes de distribution gratuite, ou des plans de réduction de traitement. Votre santé ne doit pas dépendre de votre budget. Il y a toujours une solution, mais il faut en parler.

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Guillaume VanderEst
Kitt Eliz
Didier Bottineau
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Fatou Ba
Philippe Desjardins
Fleur Lambermon
Philo Sophie

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