Tests non invasifs de la fibrose hépatique : FibroScan et scores sériques

Tests non invasifs de la fibrose hépatique : FibroScan et scores sériques

La fibrose hépatique n’est plus un mystère qu’on ne peut déceler qu’avec une biopsie. Depuis plus de vingt ans, des méthodes non invasives ont révolutionné la façon dont on évalue la santé du foie. Deux approches dominent aujourd’hui : le FibroScan et les scores sériques comme FIB-4, APRI ou ELF. Elles sont rapides, sans douleur, et surtout, elles permettent de détecter les lésions avant qu’elles ne deviennent irréversibles. Mais lesquelles choisir ? Et surtout, quand faut-il les combiner ?

Comment fonctionne le FibroScan ?

Le FibroScan est un appareil qui mesure la rigidité du foie en envoyant des ondes mécaniques à basse fréquence (50 Hz) à travers la peau. Ces ondes se déplacent plus vite quand le tissu est dur - signe de fibrose. Le résultat s’affiche en kilopascals (kPa). Un foie sain donne entre 2 et 7 kPa. Au-delà de 12 kPa, on suspecte une fibrose avancée. L’appareil effectue au moins 10 mesures, et la fiabilité dépend de deux critères : plus de 60 % de succès et une plage interquartile inférieure à 30 % de la valeur médiane.

Les modèles récents, comme le FibroScan 630, intègrent aussi le CAP (Controlled Attenuation Parameter), qui évalue la graisse dans le foie. Un CAP entre 260 et 290 dB/m signifie 34 à 66 % de graisse - ce qui correspond à une stéatose modérée. Au-delà de 290, on parle de stéatose sévère. L’appareil propose deux sondes : la S pour les personnes minces, et la XL pour celles avec un IMC supérieur à 28 ou un CAP élevé. Sans la bonne sonde, les résultats peuvent être faux.

Les scores sériques : des tests de sang simples mais puissants

Contrairement au FibroScan, les scores sériques ne nécessitent aucun appareil. Ils se calculent à partir d’analyses de sang courantes : AST, ALT, numération plaquettaire, parfois glucose. Le plus utilisé est le FIB-4. Il combine l’âge, l’AST, l’ALT et le taux de plaquettes. Un score inférieur à 1,3 élimine avec une fiabilité de 90 % la fibrose avancée. Un score supérieur à 2,67 indique un risque élevé.

APRI est plus simple : il ne prend que l’AST et les plaquettes. Un seuil de 2,0 suggère une cirrhose. L’ELF est plus précis mais plus cher : il mesure trois biomarqueurs spécifiques de la matrice extracellulaire. Il est utilisé quand les autres tests sont contradictoires. Le grand avantage de ces scores ? Ils sont intégrés directement dans les dossiers médicaux électroniques. Un médecin peut les voir automatiquement après une prise de sang, sans demande spéciale.

Précision : qui est le plus fiable ?

Les chiffres parlent, mais ils ne sont pas simples. Une étude de 2023 a montré que le FibroScan détectait seulement 45,9 % des cas de fibrose avancée (F3/F4) confirmés par biopsie. Le FIB-4, lui, n’en détectait que 16,8 %. À première vue, les deux semblent décevants. Mais attention : ces chiffres cachent une vérité plus nuancée.

Le FibroScan est excellent pour confirmer la cirrhose (F4) : son taux de précision atteint 99 %. Il est aussi très bon pour détecter une fibrose avancée (F3) avec une AUC de 0,85. En revanche, le FIB-4 est un excellent outil pour dire « pas de fibrose avancée ». Il a une valeur prédictive négative de 90 % si le score est <1,3. Cela signifie que si vous avez un FIB-4 bas, vous pouvez dormir tranquille pendant plusieurs années.

La vraie force ne vient pas de choisir entre les deux, mais de les utiliser ensemble. L’EASL recommande une stratégie en deux étapes : d’abord, le FIB-4 pour trier les patients. Ceux avec un score bas (<1,3) n’ont pas besoin de FibroScan. Ceux avec un score élevé (>2,67) sont orientés vers une biopsie ou un FibroScan. Ceux avec un score intermédiaire (1,3-2,67) passent au FibroScan. Cette méthode réduit les biopsies de 70 %, selon une étude publiée dans Gut en 2020.

Sang se transformant en scores numériques flottants représentant FIB-4 et autres biomarqueurs.

Limites et pièges courants

Aucun test n’est parfait. Le FibroScan peut donner des résultats faux si le patient a mangé moins de 3 heures avant, s’il a une inflammation aiguë (AST plus de deux fois la norme), ou s’il souffre d’une insuffisance cardiaque droite. Il échoue aussi chez les personnes très obèses. Sur Reddit, des patients racontent avoir dû faire trois tentatives avant que la sonde XL ne fonctionne - ce qui augmente le coût et la frustration.

Les scores sériques ont leurs propres défauts. Le FIB-4 devient peu fiable chez les jeunes de moins de 35 ans. Son taux de précision chute de 0,85 à 0,67. L’ELF est plus précis mais rarement remboursé. Le CAP, lui, surestime la stéatose chez les obèses : 81,4 % des cas légers sont interprétés comme sévères. Cela peut pousser à des examens inutiles.

Et puis il y a les résultats contradictoires. Un patient sur deux dans une enquête de la NAFLD Foundation en 2023 a reçu des résultats opposés entre FibroScan et FIB-4. L’un disait F2, l’autre « risque élevé ». La biopsie a révélé F3 - prouvant que les deux tests avaient tort. Ce n’est pas une erreur de machine, mais une limite biologique : la fibrose n’est pas toujours homogène dans le foie. La biopsie, malgré ses risques, reste la référence parce qu’elle examine un échantillon direct.

Coût, accessibilité et remboursement

Le FibroScan coûte entre 50 et 150 € par examen. En France, il est partiellement remboursé par la Sécurité sociale, mais seulement si prescrit par un hépatologue. Les centres de soins primaires ne le proposent pas toujours. Le FIB-4, lui, coûte environ 10 € - c’est le prix d’une analyse de sang. Il est intégré dans les systèmes informatiques des laboratoires. Un médecin de famille peut le calculer automatiquement après une prise de sang de routine.

En 2022, la CMS (Centers for Medicare & Medicaid Services) a rapporté un remboursement moyen de 54,67 € pour un FibroScan et seulement 8,22 € pour un FIB-4. Cela pousse les établissements à privilégier les scores sériques, surtout dans les zones rurales ou sous-équipées. Mais ce n’est pas toujours la meilleure décision. Un score bas évite une biopsie, mais un score intermédiaire sans FibroScan peut laisser passer une fibrose avancée.

Bataille symbolique entre FibroScan et FIB-4 dans un paysage hépatique fantastique.

Les nouvelles avancées en 2025

En avril 2024, Echosens a lancé le FibroScan 730, équipé d’un algorithme d’intelligence artificielle qui évalue automatiquement la fiabilité des mesures. Il réduit les échecs techniques de 22 %. De son côté, l’EASL a intégré un nouveau score sérique : le FIB-5. Il ajoute la glycémie à la formule FIB-4. Il est particulièrement utile chez les diabétiques atteints de NAFLD, avec une précision de 89 % pour détecter la fibrose avancée.

Des essais pilotes du NIH montrent qu’un algorithme combinant FibroScan, FIB-4 et ELF réduit les biopsies inutiles de 82 %, tout en conservant une sensibilité de 94 % pour détecter la cirrhose. C’est la voie du futur : ne plus choisir entre les tests, mais les combiner intelligemment.

Que faire si vous êtes à risque ?

Si vous avez un IMC élevé, du diabète, des triglycérides élevés ou une consommation modérée d’alcool, vous êtes à risque de fibrose hépatique. Voici ce qu’il faut faire :

  1. Demander à votre médecin un FIB-4 à partir de votre bilan sanguin de routine.
  2. Si le score est <1,3 : répétez-le dans 3 à 5 ans.
  3. Si le score est >2,67 : demandez un FibroScan ou une consultation hépatologique.
  4. Si le score est entre 1,3 et 2,67 : faites un FibroScan.
  5. Si les résultats sont contradictoires ou si vous avez des symptômes (fatigue, douleurs abdominales, peau jaunâtre) : une biopsie peut être nécessaire.

Ne laissez pas un résultat isolé vous rassurer ou vous effrayer. La fibrose évolue lentement. Ce qui compte, c’est le suivi dans le temps. Un changement de 2 kPa sur FibroScan ou de 0,5 sur FIB-4 sur deux ans est plus significatif qu’un chiffre unique.

Et si vous voulez aller plus loin ?

Des alternatives émergent, comme l’élastographie par résonance magnétique (MRE). Elle est plus précise que le FibroScan (95 % pour F≥2), mais elle coûte dix fois plus cher et n’est disponible que dans les grands hôpitaux. Des applications mobiles comme HepaTouch sont en cours de validation, mais elles ne sont pas encore fiables pour une prise en charge clinique.

Le vrai progrès ne vient pas d’un nouvel appareil, mais d’une meilleure organisation : intégrer les tests non invasifs dans les parcours de soins, former les médecins généralistes à les interpréter, et surtout, ne pas traiter les résultats comme des vérités absolues. La fibrose hépatique est silencieuse. Mais elle n’est plus invisible.

Le FibroScan est-il douloureux ?

Non. Le FibroScan est totalement indolore. C’est comme une simple échographie. Vous ressentez juste une légère vibration sur la peau, pendant quelques secondes. Aucune anesthésie n’est nécessaire.

Faut-il jeûner avant un FibroScan ?

Oui. Il faut jeûner pendant au moins 3 heures avant l’examen. Manger peut fausser les mesures en augmentant artificiellement la rigidité du foie. Évitez aussi les boissons alcoolisées et les médicaments qui peuvent affecter les enzymes hépatiques la veille.

Le FIB-4 est-il fiable pour les jeunes adultes ?

Pas vraiment. Chez les personnes de moins de 35 ans, le FIB-4 perd en précision. Son taux de détection des fibroses avancées chute de 85 % à 67 %. Pour les jeunes, les médecins privilégient d’autres tests comme l’ELF ou un FibroScan, surtout s’il y a des facteurs de risque comme l’obésité ou le diabète.

Pourquoi un résultat FibroScan peut-il être faux ?

Plusieurs raisons : obésité, inflammation aiguë du foie (hépatite virale, alcool récent), insuffisance cardiaque, ou un examen mal réalisé. Même un repas pris 2 heures avant peut fausser le résultat. C’est pourquoi les protocoles exigent plusieurs mesures et une évaluation de la fiabilité.

Les scores sériques remplaceront-ils un jour la biopsie ?

Pas complètement. La biopsie reste la référence pour confirmer un diagnostic incertain, surtout quand les tests non invasifs donnent des résultats contradictoires. Mais elle n’est plus la première étape. Dans 70 % des cas, elle peut être évitée grâce à une bonne stratégie combinant FIB-4 et FibroScan.

Combien de fois faut-il refaire un FibroScan ?

Cela dépend du risque. Si vous avez une fibrose légère (F1-F2), une répétition tous les 2 à 3 ans suffit. Si vous avez un risque élevé (NAFLD avec diabète), un contrôle annuel est recommandé. Pour les patients en traitement, la fréquence est déterminée par le spécialiste.

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