Le cannabis, qu’il s’agisse de THC, de CBD ou de mélanges complets, n’est pas un simple complément naturel sans conséquences. Il peut modifier profondément la façon dont votre corps traite des médicaments courants - parfois avec des effets dangereux. Si vous prenez des anticoagulants, des anticonvulsivants, des antidouleurs ou des médicaments pour le cœur, utiliser du cannabis sans en parler à votre médecin peut être risqué.
Comment le cannabis interfère avec les médicaments
Le corps humain utilise un système d’enzymes appelé CYP450 pour décomposer la plupart des médicaments. Environ 60 % des traitements prescrits passent par ces enzymes. Le CBD et le THC, les deux principaux composés du cannabis, bloquent certaines de ces enzymes - surtout CYP3A4 et CYP2C19. Quand ces enzymes sont ralenties, les médicaments ne sont pas éliminés aussi vite. Résultat : ils s’accumulent dans le sang, augmentant le risque d’effets secondaires graves.
Prenons l’exemple du clobazam, un anticonvulsivant souvent utilisé pour l’épilepsie. Une étude publiée dans Epilepsia en 2015 a montré que le CBD peut augmenter les niveaux de clobazam dans le sang de 60 % à 500 %. Cela peut rendre le patient trop somnolent, voire incapable de marcher. Dans la pratique, les neurologues réduisent souvent la dose de clobazam de 25 % à 50 % dès qu’un patient commence le CBD.
Le warfarin, un anticoagulant, est un autre cas d’urgence. Le CBD et le THC inhibent l’enzyme CYP2C9, qui dégrade le warfarin. Une étude de 2022 a analysé 17 cas où les patients ont développé des saignements internes après avoir commencé le CBD. L’INR - un indicateur de la fluidité du sang - a augmenté de 29 % à 48 % en seulement 72 heures. Un INR trop élevé signifie un risque élevé d’hémorragie. L’American Society of Health-System Pharmacists recommande désormais de contrôler l’INR tous les 3 à 5 jours pour les patients utilisant du cannabis avec du warfarin, au lieu de la surveillance hebdomadaire habituelle.
Les interactions à haut risque : à éviter ou surveiller de près
Certaines combinaisons sont particulièrement dangereuses. Voici les trois principales :
- Warfarin : augmentation de l’INR de 2 à 4,5 unités en moins de 48 heures. Risque de saignements internes, parfois mortels. 12 cas documentés en 2022.
- Tacrolimus : un médicament utilisé après une transplantation. Le CBD peut faire exploser ses niveaux sanguins de 300 % à 500 %. Cela peut causer une toxicité rénale ou neurologique. Les transplantés doivent absolument éviter le CBD sans supervision médicale stricte.
- Alprazolam (Xanax) et autres benzodiazépines : le cannabis amplifie leur effet dépressif sur le système nerveux. Une étude de l’Association des pharmaciens de Pennsylvanie montre que le risque de chute chez les personnes âgées augmente de 47 %.
Les patients qui prennent ces médicaments doivent comprendre que même une petite dose de CBD - 5 à 10 mg par jour - peut être suffisante pour déclencher une interaction. Ce n’est pas une question de « beaucoup » ou « peu » : c’est une question de métabolisme. Le corps ne distingue pas entre « CBD médical » et « CBD du commerce » : il ne voit que la molécule.
Les interactions modérées : surveillance et ajustement
Beaucoup d’autres médicaments présentent un risque modéré, mais réel. Voici les plus courants :
- Opiacés (morphine, oxycodone) : le cannabis ralentit leur élimination, augmentant le risque de dépression respiratoire. Même si certains patients disent qu’ils ont moins mal, le risque d’arrêt respiratoire augmente.
- Calcium antagonistes (amlodipine, diltiazem) : les niveaux sanguins augmentent de 30 % à 40 %. Cela peut provoquer une pression artérielle trop basse, des étourdissements, des chutes.
- Statines (atorvastatin) : les niveaux augmentent de 20 % à 25 %. Bien qu’aucun cas de rhabdomyolyse (dégradation musculaire) n’ait été confirmé, le risque théorique existe.
Une étude de l’Epilepsy Foundation en 2023 a révélé que 63 % des patients utilisant du CBD avec du clobazam ont ressenti une somnolence accrue. 28 % ont dû réduire leur dose de clobazam. Ce n’est pas une anecdote : c’est une tendance répandue.
Les interactions faibles - et les mythes
Beaucoup pensent que le CBD interagit avec les antidépresseurs comme la sertraline (Zoloft). En réalité, les études montrent une augmentation de seulement 10 % à 15 % des niveaux sanguins - rarement cliniquement significative. Sur Reddit, 41 % des utilisateurs de SSRIs avec du CBD n’ont observé aucun changement.
Un autre mythe : le CBD « améliore » la prise de médicaments. C’est faux. Il ne les rend pas plus efficaces - il les rend plus présents dans le sang. Cela peut sembler positif, mais c’est comme ajouter du carburant à un moteur qui n’est pas conçu pour ça : il risque de surchauffer.
En revanche, la fumée de cannabis a un effet inverse sur certains médicaments. Le tabagisme de cannabis induit l’enzyme CYP1A2, ce qui fait baisser les niveaux de théophylline (utilisée pour l’asthme) de 25 % à 30 %. Cela peut rendre le traitement inefficace. Mais les infusions de cannabis n’ont pas cet effet - ce qui montre que la méthode d’administration change tout.
Le mode d’administration change tout
Prendre du CBD en gélule, en huile ou en vaporisateur ne produit pas les mêmes effets.
- Inhalation : le THC atteint son pic en 6 à 10 minutes. Risque aigu de somnolence si combiné avec un somnifère ou un analgésique.
- Oral (huile, gélules) : pic à 2-4 heures, effet durable 6 à 8 heures. Risque prolongé avec des médicaments comme le warfarin.
- Full-spectrum (contient du THC) : 22 % à 37 % plus puissant en inhibition enzymatique que le CBD pur. Le « effet d’entourage » n’est pas un bénéfice ici - c’est un danger.
La plupart des patients ne savent pas qu’ils prennent du THC. Les produits « à base de chanvre » contiennent jusqu’à 0,3 % de THC - suffisant pour interférer. Et les tests de laboratoire ne mesurent pas toujours le THC dans les produits du commerce.
Que faire en pratique ?
Voici les étapes concrètes à suivre si vous utilisez du cannabis et que vous prenez des médicaments :
- Parlez-en à votre médecin : ne dites pas juste « j’utilise du CBD ». Dites : « Je prends 25 mg de CBD sous forme d’huile, tous les soirs, depuis 3 semaines. »
- Identifiez vos médicaments à risque : warfarin, clobazam, tacrolimus, alprazolam, morphine, amlodipine.
- Contrôlez les niveaux sanguins : pour le warfarin, un INR avant et 72 heures après le début du CBD. Pour le tacrolimus, une mesure de taux sanguin.
- Évitez les produits non étiquetés : les huiles achetées sur Internet ou en magasin ne sont pas régulées. Leur teneur en CBD ou THC peut varier de 30 % à 200 %.
- Ne changez pas de dose sans avis : si vous ressentez une somnolence accrue, une fatigue inhabituelle ou des ecchymoses, arrêtez le CBD et consultez.
La Direction de la Santé du District de Columbia recommande de prendre les produits à base de CBD au moins 2 heures avant ou après les médicaments métabolisés par CYP3A4. Mais cette règle n’est pas encore prouvée scientifiquement - c’est une précaution, pas une garantie.
Le contexte actuel : un problème grandissant
En 2022, 58,5 millions d’Américains ont utilisé du cannabis - et 42 % d’entre eux prenaient déjà des médicaments sur ordonnance. En France, les chiffres augmentent lentement, mais la prise de conscience reste faible. Seuls 12 États américains exigent que les pharmaciens conseillent sur les interactions. En France, aucune obligation légale ne pousse les professionnels à aborder ce sujet.
Les pharmaciens sont souvent mal formés. Selon l’American Pharmacists Association, 76 % d’entre eux se sentent incompétents pour répondre aux questions sur les interactions avec le cannabis. Pourtant, 68 % rencontrent ce problème au moins une fois par mois.
Le FDA a lancé en 2023 un réseau de recherche sur les interactions cannabis-médicaments. Les premiers résultats devraient être publiés fin 2025. Mais jusqu’à ce que les données soient claires, la prudence reste la meilleure stratégie.
Conclusion : ne prenez pas de risques inutiles
Le cannabis n’est pas un « remède naturel » sans danger. Il agit comme un interrupteur dans votre système métabolique. Ce que vous prenez peut devenir trop fort - ou trop faible. Si vous utilisez du CBD ou du THC, et que vous prenez des médicaments, vous avez besoin de plus qu’un simple « ça ne devrait pas poser problème ». Vous avez besoin d’un plan. Parlez à votre médecin. Faites des analyses. Ne supposez pas. Ne vous fiez pas aux forums. Votre sécurité ne se négocie pas.
Le CBD peut-il interférer avec mon anticoagulant comme le warfarin ?
Oui, fortement. Le CBD inhibe l’enzyme CYP2C9, qui dégrade le warfarin. Cela fait augmenter l’INR - un indicateur de la fluidité du sang - de 29 % à 48 % en seulement 72 heures. Cela augmente le risque de saignements internes, parfois mortels. Si vous prenez du warfarin, évitez le CBD ou surveillez votre INR tous les 3 à 5 jours après le début de son utilisation. Ne prenez jamais de CBD sans en parler à votre médecin.
Est-ce que le CBD est plus dangereux que le THC pour les interactions ?
Le CBD est plus puissant pour bloquer les enzymes CYP3A4 et CYP2C19, ce qui le rend plus dangereux pour les médicaments comme le clobazam ou le warfarin. Le THC affecte d’autres enzymes, comme CYP1A2 et CYP2C9, mais ses effets sont souvent plus courts. Cependant, les produits « full-spectrum » contenant à la fois CBD et THC sont les plus risqués : leur effet combiné est 22 % à 37 % plus fort que le CBD seul. Ce n’est pas une question de « meilleur » ou « pire » : c’est une question de combinaison.
Les produits de pharmacie sont-ils plus sûrs que ceux achetés en magasin ?
Oui. Les produits pharmaceutiques comme Epidiolex (CBD pur) ont une teneur exacte et sont testés pour la pureté. Les produits vendus en magasin, même s’ils disent « CBD 100 % pur », peuvent contenir 20 % à 200 % de CBD en moins ou en plus que ce qui est indiqué. Ils peuvent aussi contenir du THC non déclaré. Un patient a rapporté avoir eu des saignements après avoir pris un « CBD » acheté en ligne - il contenait 0,8 % de THC, bien au-delà de la limite légale. La régulation est absente dans le commerce non médical.
Le CBD peut-il réduire l’efficacité de mes médicaments ?
Oui, mais rarement. La plupart du temps, le CBD augmente les niveaux de médicaments. Cependant, la fumée de cannabis peut induire l’enzyme CYP1A2, ce qui fait baisser les niveaux de la théophylline (pour l’asthme) ou de certains antipsychotiques. Cela peut rendre le traitement inefficace. Les infusions de cannabis n’ont pas cet effet. Le mode d’administration est crucial : inhaler est différent de prendre une gélule.
Quand faut-il arrêter le CBD avant une intervention chirurgicale ?
Si vous prenez des médicaments à risque (warfarin, anticonvulsivants, antidouleurs opioïdes), arrêtez le CBD au moins 72 heures avant une chirurgie. Le CBD peut augmenter les risques de saignement et de dépression respiratoire sous anesthésie. Même si vous ne prenez pas de médicaments, informez votre anesthésiste de toute utilisation récente de cannabis - même si c’est du CBD. Il doit pouvoir anticiper les effets sur votre métabolisme.
9 Commentaires
je viens de voir un pote qui prenait du cbd pour le stress et il a failli se taper une hémorragie parce qu’il prenait du warfarin… bonjour la connerie. personne ne dit rien, tout le monde pense que c’est juste une plante magique, mais non, c’est un cocktail chimique qui déconne avec tout.
Il est essentiel de comprendre que le cannabis, même sous forme de CBD pur, exerce une influence métabolique significative sur les systèmes enzymatiques hépatiques, notamment les isoformes CYP3A4 et CYP2C9. Cette inhibition enzymatique peut entraîner une accumulation toxique des médicaments concomitants, ce qui nécessite une surveillance rigoureuse des taux plasmatiques et une adaptation posologique sous supervision médicale. La prudence ne doit jamais être sacrifiée au nom de la popularité.
Oh bien sûr, le CBD est un poison caché. Et la chimie, c’est compliqué. Donc on arrête tout. Sauf que le paracétamol, lui, tue 200 personnes par an en France. Mais bon, c’est pas du CBD donc ça va.
En Martinique, les gens prennent du cannabis en infusion pour les douleurs et ils ne savent même pas ce que c’est que le CYP450. Mais ils vivent jusqu’à 80 ans. La science, c’est bien, mais la vie réelle, c’est autre chose. Faut pas tout réduire à des chiffres.
Je suis infirmière et j’ai vu deux patients en urgence avec un INR à 8 après avoir commencé du CBD. Aucun ne savait que c’était dangereux. Il faut vraiment que les pharmaciens parlent de ça. Pas juste en brochure, mais en face à face. C’est une urgence de santé publique.
Je tiens à souligner que la présente analyse, bien que rigoureuse et documentée, ne prend pas suffisamment en compte les variations interindividuelles du métabolisme hépatique, ni les facteurs génétiques tels que les polymorphismes du CYP2C9. Il est donc possible que certains patients présentent une résistance à ces interactions, ce qui pourrait nuire à la généralisation des recommandations.
Je pense qu’on peut être à la fois ouvert au cannabis et prudent avec les médicaments… c’est pas une guerre, c’est une conversation. Moi j’ai pris du CBD pendant 6 mois avec mon anticoagulant, j’ai fait des prises de sang tous les 15 jours, et tout s’est bien passé. Il faut juste être transparent avec son médecin, pas avoir peur.
Les données de l’Epilepsy Foundation (2023) indiquent une corrélation significative entre l’administration de CBD et l’augmentation de la somnolence, avec un effet dose-dépendant sur le métabolisme du clobazam via l’inhibition du CYP2C19. La variabilité pharmacocinétique entre les formulations full-spectrum et isolats justifie une stratification des risques, mais la littérature clinique reste insuffisamment standardisée pour établir des protocoles universels.
Vous oubliez que le THC lui-même est un inhibiteur puissant de CYP2C9 et CYP3A4. Le CBD n’est pas le seul coupable. Et vous parlez de « produits non étiquetés » comme si c’était une nouveauté. Le paracétamol, lui, est vendu sans étiquette précise sur les interactions. C’est du sensationnalisme. La vraie question : pourquoi les médecins ne sont pas formés à ça depuis 20 ans ?